samedi 12 mai 2007

Les poissons, c'était très difficiles


…à l’angle Notre-Dame et Richard, dans un village qui se prononce comme le nom d’un fromage. Je bummais gentiment, en offrant des jokes à une piasse la minute. C’est comme ça que je l’ai fait rire, rictus qu’elle n’avait pas exercé depuis longtemps. Je ne sais pas si je devrais vous le dire, mais il était atteint dans la prostate. Mou, mou pour une femme....

Vraiment pas facile (très, très petit détail). Un bec bièreux pour la gagnante.

Cherchez l'homme qui marche nupié, c'est par en-bas.

Où est-ce? (détail)

vendredi 11 mai 2007

L'amour, toujours la muerte. (respiré de Ninalouvain)

En attendant, j’ai un autre problème à régler. Mon ex va encore tout me prendre quand je tenterai de profiter de l’usufruit de mon talent. Deux fois, déjà, elle m’a tout fait perdre. Une actrice de grand potentiel qui aurait dû suivre mes conseils plutôt que de saboter mon œuvre. C’est quand même moi le metteur en scène, non? D’ailleurs, c’est elle qui est venu à ma rencontre sur un banc de parc alors que j’étudiais un classique de Mouawad. L’opportuniste voyait en moi le «projecteur de sa carrière».

À cette époque, j’avais une maison sur la rue cotée de la belle ville de Outre-la-montagne. Elle a insisté pour venir habiter chez moi dès l’instant où elle m’aborde. «Nous travaillerions nuits et jours», disait-elle, J’ai rapidement découvert qu’elle préférait travailler couchée et que pour la scène il faut parois jouer debout, sinon on trempe dans la porno et ce n’est pas mon genre. OK, on peut s’amuser un peu, mais quand on puffe du crack en même temps, on finit par y mettre tout c’qu’on a. J’étais ingénieur en sabbatique, J’ai construit des ponts plus grands et plus croche que celui sous lequel j’habite. J’ai perdu plus de deux millions américains, parce que j’exigeait d’être payé en vrais dollars. J’amassais pour tourner à Hollywood, le génie civil ne me permettant plus de développer mon plein potentiel. Elle m’a offert ma première pipe, c’était foutu. On sort du crack de deux façons : par une thérapie de l’humiliation, ou par le pont qu’on aborde par le haut. Heureusement, j’ai eu le courage de réussir la première et de me contenter de regarder le pont par en bas. Le saut de l’ange, très peu pour moi. Je n’ai jamais prétendu être parfait

Bref, dès qu’elle verra mon nom à l’affiche, elle voudra prendre l’avant-scène. Remarquez qu’elle est belle. Nous formions une paire que tous enviaient. Nos corps pouvaient se souder d’émois à longueur d’heures. Ses sucs me nourrissaient, je m’en lavais la peau. Je n’ai jamais su comment lui dire non. Elle réussissait toujours à me faire taire avec sa langue. C’est ça mon problème, je suis trop doux, je cède. Comme la deuxième fois où j’ai tout perdu à cause d’elle. Je faisais mon travail alimentaire, quotidiennement, à l’angle…

dimanche 6 mai 2007

Souffrez, souffrez! Il en restera toujours rien.

J’ai des journées difficiles itou. Un peu comme celles que vous m’imaginez, mais ça n’arrive pas souvent. Ce soir, par exemple. J’allais manger à la Maison du père et chercher des vêtements propres. Aux douches, j’ai été pris la main dans la poche de mon voisin. Pour quelques minables petites Dilaudids, on m’a cassé le nez. À l’hôpital, on m’a traité comme un pestiféré. À minuit, on m’a viré dans la pluie. En marchant le kilomètre qui me sépare d’ici, j’ai réussi à échapper à une gang de punks qui s’amusent à fesser sur les gars, fifs ou bums. Ne me traitez pas de paresseux, je mérite quelques jours de congés, pour le moral, et pour le nez. Ne vous inquiétez pas, je ne resterai pas à rien faire, je travaille à mon film. Vous vous adorerez, je le savoure en avance.

Il n’y a pas de mal à admettre que nous sommes tous un peu voyeur. J’ai appris ça de mes psys qui, d’ailleurs, peuvent aussi être les vôtres. Jusqu’ici, tout va bien. Je crois que nous commençons à nous comprendre. Vous savez, moi, je vous connais. En fait, je vous observe depuis plusieurs années alors que moi je marche inaperçu. Vous prenez toujours le même métro, à la même heure, dans les mêmes bottes, avec la même face. Je suis là ou je ne suis pas là, vous ne pouvez pas savoir. Si vous êtes cocue, je le sais. Il ne s’agit pas seulement de marcher, il faut voir, aussi. Vos cheveux moirés à la mode vous empêchent de regarder autour. Vous êtes des poules mouillées emplies de frousse. Remerciez-moi de vous rendre un peu de lustre dans mon film.

Ma station sera parfaite pour les scènes en huis clos. Les phares des voitures se jètent par les fenêtres sur les murs de pierres de taille qui tiennent toujours les uns sur les autres, même après plus de cent cinquante années d’existence. La poussière et les duvets de pigeons qui voltigent du sol jusqu’aux poutres de bois de la charpente du toit font l’atmosphère. Idéal pour les scènes de rumba. Pour les bagarres, aussi. Si le chef a besoin d’un lieu d’intimité, son alcôve peut se situer dans la cave, à travers la mécanique de pomperie et les tuyaux au diamètre assez large que lui-même pourrait s’y cacher en cas de pépins majeurs, pour se faire oublier un peu. Je tiens mon sujet, vous savez!

Je réserve la scène finale à cette Maison du père, Une grande explosion où tout le monde périra. Je ne sais pas encore comment, ni le moment. Le scénario se construira sur la préparation de l’embuscade. Une succession de scènes montrera comment le chef attire tous les petits crosseurs de la rue, la même nuit, dans la Maison. Et puis, Boum! Les gars n’auront jamais autant itinéré. Partout des morceaux dans Granville. On m’acclamera de par le monde. Je bouderai ceux d’ici qui ont nié mon génie.

mardi 1 mai 2007

J’aboutis au cœur de mon imaginaire. Ce maudit Pont Croche qui m’obsède depuis ma toute première journée dans Granville, ben me voilà en dessous. Pas que je m’en sois projeté pour m’écraser ici, ce qui aurais pu, mais parce que j’habite sous son ombre, dans la station de pompage à Craig, l’homme à cause de qui on a crochi le pont.


C’est comme si cet endroit m’était destiné; ma vie j’ai eu peur de me ramasser à la rue. M’y voilà. N’allez pas croire que ça me réussisse si mal! C’est que j’ai toujours été débrouillard. Je ne m’ennuie pas, je vous écris. Je ne suis pas sans abri, j’ai la station de pompage qui m’abrite, oubliée, ce qui m’habille parfaitement, On m’oublie et ça aussi ça fait mon affaire. J’ai des voisins pour roucouler, les pigeons. J’ai leurs fientes pour me chauffer si je les compresse bien. Leur poitrine pour me nourrir, quelquefois, l’hiver, quand la quête n’a pas bien été. Ou qu’il faisait trop froid pour sortir. Somme toute, ma vie est assez bien réglée, sans trop de comptes à rendre et surtout, sans aucun compte à payer.

dimanche 29 avril 2007

Un peu de patience, je continue à habiter la rue. Vous verrez bientôt!