dimanche 6 mai 2007

Souffrez, souffrez! Il en restera toujours rien.

J’ai des journées difficiles itou. Un peu comme celles que vous m’imaginez, mais ça n’arrive pas souvent. Ce soir, par exemple. J’allais manger à la Maison du père et chercher des vêtements propres. Aux douches, j’ai été pris la main dans la poche de mon voisin. Pour quelques minables petites Dilaudids, on m’a cassé le nez. À l’hôpital, on m’a traité comme un pestiféré. À minuit, on m’a viré dans la pluie. En marchant le kilomètre qui me sépare d’ici, j’ai réussi à échapper à une gang de punks qui s’amusent à fesser sur les gars, fifs ou bums. Ne me traitez pas de paresseux, je mérite quelques jours de congés, pour le moral, et pour le nez. Ne vous inquiétez pas, je ne resterai pas à rien faire, je travaille à mon film. Vous vous adorerez, je le savoure en avance.

Il n’y a pas de mal à admettre que nous sommes tous un peu voyeur. J’ai appris ça de mes psys qui, d’ailleurs, peuvent aussi être les vôtres. Jusqu’ici, tout va bien. Je crois que nous commençons à nous comprendre. Vous savez, moi, je vous connais. En fait, je vous observe depuis plusieurs années alors que moi je marche inaperçu. Vous prenez toujours le même métro, à la même heure, dans les mêmes bottes, avec la même face. Je suis là ou je ne suis pas là, vous ne pouvez pas savoir. Si vous êtes cocue, je le sais. Il ne s’agit pas seulement de marcher, il faut voir, aussi. Vos cheveux moirés à la mode vous empêchent de regarder autour. Vous êtes des poules mouillées emplies de frousse. Remerciez-moi de vous rendre un peu de lustre dans mon film.

Ma station sera parfaite pour les scènes en huis clos. Les phares des voitures se jètent par les fenêtres sur les murs de pierres de taille qui tiennent toujours les uns sur les autres, même après plus de cent cinquante années d’existence. La poussière et les duvets de pigeons qui voltigent du sol jusqu’aux poutres de bois de la charpente du toit font l’atmosphère. Idéal pour les scènes de rumba. Pour les bagarres, aussi. Si le chef a besoin d’un lieu d’intimité, son alcôve peut se situer dans la cave, à travers la mécanique de pomperie et les tuyaux au diamètre assez large que lui-même pourrait s’y cacher en cas de pépins majeurs, pour se faire oublier un peu. Je tiens mon sujet, vous savez!

Je réserve la scène finale à cette Maison du père, Une grande explosion où tout le monde périra. Je ne sais pas encore comment, ni le moment. Le scénario se construira sur la préparation de l’embuscade. Une succession de scènes montrera comment le chef attire tous les petits crosseurs de la rue, la même nuit, dans la Maison. Et puis, Boum! Les gars n’auront jamais autant itinéré. Partout des morceaux dans Granville. On m’acclamera de par le monde. Je bouderai ceux d’ici qui ont nié mon génie.

4 commentaires:

Nina louVe a dit…

Oh là là. T'écris comme tu respirais. T'écris comme tu survis. T'écris, et c'est tant mieux.

Larue a dit…

Revoilà. La rue a été tough aujourd'hui. Trop de soleil, trop d'images, trop de mots (4 filles, deux gars qui lisent dans une taverne qui ne garde que ses bruits de rue et des silences). Des ampoules dans les yeux, les oreilles et entre les orteils.

Vite dans ma station pour travailler mon film. D'habitude, les gars de rue font peur. J'suis content que tu ne te sois pas encore poussé. Bise bièreuse.

Croche Larue

Nina louVe a dit…

pas miette d'envie de me pousser LaRue. Nenni. Au contraire !

Tu es cordialement invité à participer au tout premier Festival Anti-Spleen. voie les détails sur louvainlaneuve...

http://louvainlaneuve.blogspot.com/2007/05/festival-anti-spleen.html

Larue a dit…

Bonsoir la louve qui se love dans son terroir. Je peux faire plusse peur si tu veux. d'aileurs, le café s'amiliore, mais pour le ménage...beaucoup de pigeons à plumer. Le quartier est high, l'amaricain qui cherche des pipes extrèmes dans le sauna, ben le printemps les attire aussi. Ben d'l'argent à faire. Surveiller le clip des 3 accords qui s'intitule Trouve-toi une job, ostie. Clip exclusif à mon travail. Ils ont tourné des entrevues , en dessous du pont croche, sans savoir que j'étais là. Hilarant!!! j'ai volé un DVD maison mais mon éthique, oui il y en a une dans la rue, m'empêche de scooper les jeunes poqués en insertion qui semblaient vivre une belle expérience. Tchèque ben ça!

Croche